Catherine URSIN


« La lutte pour le respect de l’autre m’anime depuis toujours. L’altérité est une évidence et la reconnaissance de l’autre avec toutes ses différences est indispensable pour la survie de l’Homme. Tout mon travail est imprégné de ce «combat», inspiré par tous ces droits bafoués quotidiennement. Mes sculptures de fer, installations, dessins, peintures ou photographies transpirent mon indignation et mes ex-voto sont offerts aux forces divines ancestrales pour tous les blessés de la vie. »
Catherine URSIN

Notice du catalogue du Festival Art et Déchirure 2010 :
Que de la récup’ : métal sous n’importe quelle forme, bidons, boîtes de conserves, capots de voiture et autres ferrailles et puis ficelle, os, dépouilles de petits animaux sans compter les huiles et peintures de rebut. Pour Catherine Ursin, la création est d’abord une activité physique, une lutte avec la tôle coupante qu’elle découpe, entaille, agrafe après l’avoir laissé vieillir, rouiller au besoin, la patine seule ayant une âme et permettant de surcroît des effets esthétiques.
Dans la fermeté et l’énergie qui la caractérisent, elle dépouille ses oeuvres de toute sentimentalité, les humains sont nus, seins marqués et sexes en évidence, à l’érotisme affirmé…
…Scènes où passe une certaine mélancolie, cet état incertain entre joie et tristesse : univers d’une étrange et puissante poésie.
Colette Pilletant-Rey – 2009
Ghyslaine et Sylvain STAËLENS

Nés à Montfermeil en 1960 (Ghislaine) et à Paris en 1968 (Sylvain), Ghislaine et Sylvain Staëlens sont deux sculpteurs qui forment un duo artistique indissociable. En couple depuis leur première rencontre, ils ont d’abord eu un emploi à Paris jusque dans les années 1980, avant de fuir la ville et d’effectuer divers voyages au Mexique et dans le Sud de la France. C’est en s’installant en 1996 dans le Cantal en Auvergne que Ghyslaine et Sylvain Staëlens forment pour la première fois un binôme artistique.
Autodidactes, ces deux sculpteurs utilisent pour créer leurs bas-reliefs, totems, masques et crucifix, les matériaux que leur offre cette région : bois flotté, racines, pierre volcanique, métaux rouillés sont assemblés et liés pour former des figures zoomorphes et anthropomorphes fortement « chargées » de l’esprit des lieux et imprégnées du catholicisme qui y est enraciné. Vierge noire de Jailhac, sculptures de la chapelle Notre-Dame des Claviers ou encore forêt et habitants des environs sont autant de sources d’inspiration pour les Staëlens.

Paul DUHEM
Paul DUHEM est né en 1919 à Blandais.
Jeune orphelin, il affronte les affres de la guerre qui le conduisent à l’asile psychiatrique. Après avoir passé trente années dans une institution spécialisée à Tournai, il va vivre au centre de La Pommeraie à Ellignies-Sainte-Anne, en Belgique, où il est jardinier.
Vers 1990, il se met à peindre assidûment, trouvant dans la couleur les moyens de révéler les sensations qu’il lui est difficile de communiquer par les mots, brisant ainsi la solitude de sa condition. Dans cet atelier où il passe plus de vingt heures par semaine, il dessine sans relâche des visages et des portes, de manière répétitive et obsessionnelle. Paul Duhem se rendait à ses expositions mais ne parlait jamais de son travail, se montrant en revanche intarissable sur ses activités de jardinage. Paul Duhem est décédé en 1999 à La Pommeraie, dans ce lieu où il avait choisi de s’exprimer, laissant derrière lui une œuvre d’une force impressionnante présente dans de nombreuses collections publiques ou privées.

Joël LORAND
« On songe aux mythologies antiques, aux bestiaires médiévaux, à Jérôme Bosch revisité par Victor Brauner, aux constructions chimériques d’Adolf Wölfi, aux fresques médiumniques d’Augustin Lesage. Jardin imaginaire, univers souterrain ? Gangue, utérus, chrysalide ? Tourbillon de formes animales, végétales et humaines ? Peu importe. Cette poésie de l’insolite ouvre la voie à de multiples interprétations. »
(extrait d’un article de Pauline Mélange pour le n° 289 de la revue d’art contemporain Cimaise)


Notice du catalogue du Festival Art et Déchirure 2016 :
Joël est un véritable créateur, pas de ceux qui pêchent ici et là des idées à détourner ou développer. Il entre dans le fantasme sublimé avec l’infinie subtilité et délicatesse qui obère tout risque de vulgarité, toute lourdeur, toute méprise, tout risque de mauvais goût. Il manie la parabole au cœur d’un imaginaire sans frontières, sans interdits, on lit entre ses lignes, ses couches et ses arabesques la sensualité, l’instinct, l’expressivité, le surhumain, l’au-delà, la supra humanité animalité.
Extrait d’un article de Gilbert Pinneau
Notice du catalogue du Festival Art et Déchirure 2010 :
Né en 1962 à Paris, il réside à Alençon (Orne). A partir de 1997, il abandonne définitivement son métier pour se consacrer à la création plastique autour du dessin, après plusieurs étapes de recherche. Joël LORAND développe une œuvre insolite, singulière. Il aime à dessiner des créatures hybrides, personnages ou animaux enchevêtrés dans une abondante végétation, un monde imaginaire sans frontières, jouant sur les lignes, les courbes, les arabesques. La minutie du trait et la précision du graphisme, l’opposition de couleurs aux pastels et crayons, viennent appuyer la lecture d’une œuvre grave et légère… Ses œuvres ont fait l’objet de nombreuses expositions en galeries, dans des musées, des salons, depuis 1997.
Francis MARSHALL au MA&D
À partir du samedi 25 mars 2023, le musée Art et Déchirure (Sotteville-lès-Rouen) rouvre au public et nous redonne accès à une pièce exceptionnelle : l’installation la plus aboutie et la plus riche des travaux de Francis Marshall, conçue et réalisée par Joël Delaunay dans le cadre du festival Art et Déchirure en 2017. Un musée dans le musée, heureusement conservé en l’état depuis. Aucun autre espace ne vibre avec autant d’évidence avec les œuvres qu’il met en scène.
Incontournable.


Fanny FERRÉ


Fanny FERRÉ est née le 6 juin 1963 à Évreux (27). Elle étudie à l’École des Beaux Arts d’Angers puis à l’École Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris dans l’atelier de Georges Jeanclos.



Notice du catalogue du Festival Art et Déchirure 2019 :
LE SONGE D’UNE NUIT DE FANNY FERRE
« Allons, ma reine,
dans un grave silence,
courons après l’ombre de la nuit »
William Shakespeare
Partis pour toujours et sans jamais laisser d’adresse : les êtres qui naissent depuis un quart de siècle sous les doigts de Fanny Ferré ont définitivement adopté la grâce énigmatique des nomades. Façonnées comme par le vent, leurs silhouettes puissantes mais gracieuses, nimbées de longues chevelures et de rares oripeaux, n’en finissent pas de prendre le large. Toutes définissent la condition humaine tel un désir inassouvi d’ailleurs, sempiternellement dynamique. Ils ne fuient pas. Ils cheminent.
« Je cherche à ce que les personnages dégagent la vie » dit-elle. Les êtres élancés qu’elle façonnent à bras le corps mangent avec leurs doigts et vont nus pieds. Moins par souci de misère que par besoin de liberté : ils célèbrent les mouvements sans entraves et les moments sensuels, embaument le fruit sauvage, le pain chaud et le torrent d’altitude. Ils empoignent une charrette à bras, montent un cheval à cru. Allégorie de l’initiation ou de la protection, chacun de leurs gestes et des objets dont ils sont munis parait nécessaire, mais s’avère poétique. La fine terre chamottée employée par Fanny Ferré semble davantage pétrie de la poussière des étoiles que celle des bas-côtés.
Intemporelle et universelle mais rustique, leur tribu a pour caractéristiques morphologiques des attaches fines, permettant une grande souplesse, et des charpentes solides, aptes à la résistance. Et chaque nouvelle sculpture, variation de la précédente, est conçue tel le membre utile d’un groupe solidaire, intuitivement concerté. Comme les silences entre les notes d’une partition musicale, l’espace aménagé entre chaque œuvre, lors de sa mise en scène, engendre une profonde sensation d’harmonie.
Cette œuvre est résolument enchantée. Inspirées par la forêt, les nouvelles sculptures en témoignent particulièrement : panachés, auréolés de plumes ou de feuilles, parés de dépouilles de corbeaux ou de boucs, des personnages inédits surgissent. Fées en conciliabules ou chamanes envisagent des révélations, ils s’apprêtent et guettent. Le songe d’une nuit d’été de Shakespeare et La Reine de la Nuit de Mozart, la Peau d’âne contée par Charles Perrault et les sabbats peints par Goya, les druides celtes et les sorciers africains, les ermites au désert et les yogis des montagnes, les tatouages punks et les dentelles néogothiques, tout cela et bien plus encore irrigue l’ensemble à la clarté lunaire qui s’impose désormais.
février 2016
Françoise MONNIN
Critique d’art – Rédactrice en chef de la revue ARTENSION
Notice du Musée Art et Déchirure (2017) :
Fanny FERRÉ est née le 6 juin 1963 à Évreux (Eure).
Son atelier est situé au Moulin de Bouvier dans l’Orne. Plus que tout autre sculpteur, Fanny Ferré exprime la vie et le mouvement. Ses personnages de terre marchent, courent, crient, soufflent, se désaltèrent, jouent avec les animaux, tirent une carriole, se baignent… Lorsqu’ils semblent statiques, c’est qu’ils se reposent du geste précédent, ou qu’ils font une sieste. Les gestes de leur vie quotidienne sont comme saisis « au vol » par l’artiste. Ces instants volés qu’elle nous donne à voir sont la signature inimitable de Fanny Ferré.
Personnages de terre et de bronze grandeur nature, saltimbanques, personnes déplacées, nomades du désert, migrants tout juste débarqués d’une plage de Méditerranée, hommes, femmes et enfants en marche vers un ailleurs, ils sont sans doute tout cela à la fois. Chaque spectateur y rencontre son propre rêve. Ces êtres dont on croit voir la chair frissonner nous sont terriblement proches car l’art de Fanny Ferré ce n’est pas que la représentation de la figure humaine, c’est l’humain tout court.